Travailleur·ses migrant·es : déjouer les plans du gouvernement

Depuis 2006, les luttes menées avec la CGT ont permis de sécuriser plus de 36 000 travailleur·ses étranger·es par an
Pourtant, depuis ces deux dernières années, on observe un véritable tournant : le nombre de régularisations a été divisé par deux, et les renouvellements de titres de séjour sont aussi dans le collimateur de l’État.
Une politique qui se cache derrière des mesures techniques
« Ce tournant, c’est l’accumulation de deux choses pour Philippe Jaloustre, du collectif Travailleur·ses migrant·es 94 : c’est l’austérité XXL qui réduit l’ensemble des services publics et dont on est tou·tes victimes avec la réduction des personnels en préfecture, et cette volonté de remplacer les hommes par l’électronique. Il n’y a plus de guichet, plus de réception, plus d’explications. »
Derrière ces mesures techniques se cache une véritable volonté politique : loin de contrer la montée de l’extrême droite sur le plan des idées, le gouvernement en a repris les idées, avec une loi Immigration qui durcit les conditions de séjour des travailleur·ses étranger·es et participe à leur stigmatisation – encore amplifiée par la politique de Bruno Retailleau quand il était ministre de l’Intérieur.
C’est aussi un nouveau cadeau au grand patronat : rendre les travailleur·ses plus vulnérables, c’est les rendre plus exploitables. Pour Gérard Delahaye, du collectif Travailleur·ses migrant·es de la CGT, « tirer les droits de cette catégorie de travailleur·ses vers le bas tirera vers le bas l’ensemble du monde du travail. Ça s’inscrit dans une logique globale d’évolution du système capitaliste, qui cherche à extraire la plus-value par les moyens les plus violents. »
Des conséquences gravissimes sur les individus…
Ces politiques ont un impact direct sur la vie des travailleur·ses migrant·es la lenteur des renouvellement provoque fréquemment le dépassement de la tolérance de trois mois de la prolongation automatique de droit au séjour et de l’ensemble des droits sociaux.
« Les employeurs n’ont pas de prolongation, n’ont pas de titre de séjour du ou de la salarié·e, indique Philippe Jaloustre. Donc souvent, les travailleur·ses se retrouvent avec une convocation à un licenciement, une suspension de contrat de travail, voire un licenciement sec… Il ne devrait pas y avoir de trou qui crée des ruptures de droits et des situations catastrophiques. Parce que sans boulot, il n’y a plus d’allocs, plus de sécurité sociale. Cela peut même créer des ruptures de retraites. »
Cette situation mets les travailleur·ses étranger·es dans une très grande insécurité : « Il faut attendre un ou deux ans pour pouvoir donner un dossier à la préfecture. Et 80 % des réponses, ce sont des refus ! » décrit Mahamadou Kebe, ancien travailleur sans papiers et membre du collectif Travailleur·ses migrant·es de la CGT.
… et sur tout le monde du travail
La précarisation du renouvellement des titres de séjour amplifie une véritable segmentation du marché du travail :
- le marché du travail « classique » qui s’adresse aux autochtones ;
- les métiers « en tension », car aux conditions de travail déplorables, durs et mal payés, vers lesquels sont obligé de se tourner une partie des travailleur·ses étranger·es ;
- un marché du travail encore plus difficile – aux limites de la légalité – pour les travailleur·ses sans papiers.
« En favorisant cette segmentation, les travailleur·ses sans papier baisseraient encore de niveau, déplore Jean-Albert Guidou, du collectif Travailleur·ses migrant·es Île-de-France, c’est-à-dire un travail dissimulé, des conditions de travail encore plus dures, voire des situations qui s’apparentent à la traite des êtres humains, dont le nombre se multiplie, ou des réseaux mafieux de sous-traitants qui se développent. »
« Un peu de courage politique ! »
Lors de la conférence lutte et droits des travailleur·ses migrant·es, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a demandé aux pouvoirs publics de prendre leurs responsabilités : « C’est bien joli de nous dire, la main sur le cœur, que vous êtes républicain ; maintenant, nous voulons des actes. On ne lutte pas contre l’extrême droite en reprenant ses thèses ; on lutte contre l’extrême droite en l’affrontant sur le fond. »
La CGT exige notamment du ministre de l’Intérieur :
- qu’il prenne une nouvelle circulaire pour permettre la régularisation des travailleur·ses étranger·es ;
- qu’il mette en place des dispositifs de validation du niveau de français à partir des certifications de formation professionnelle, pour mettre fin à ce parcours du combattant ;
- qu’il rétablisse les récépissés pour tous les renouvellements de titres de séjour ;
- qu’il rouvre les préfectures aux ONG et aux organisations syndicales pour qu’elle puissent travailler à gagner des régularisations.
Le 27 janvier, le gouvernement espagnol a présenté un décret pour la régularisation de près de 500 000 sans-papiers (environ 60 % de l’ensemble des personnes sans papiers du territoire). Une preuve que la justice sociale ne demande qu’un peu de courage politique…
Citations extraites de l’Expression directe de la CGT : « Travail migrant, déjouer les plans du gouvernement ».
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