Tribune
Après le 17 octobre, j’ai peur
Nice, le mercredi 4 novembre 2026.
Oui, j’ai peur. Mais pas des manifestations, même pas du black blocs, ou des pilleurs. D’abord ces deux groupes ont d’abord été décrits comme des faux nez de l’ultragauche mélenchoniste. Patatras, les fonctionnaires du renseignement général et les procureurs font part d’une amicale pression de leur hiérarchie pour aller dans ce sens, alors que leurs constatations sont autres.
Par contre, il s’avère que des nervis d’extrême droite ont effectivement participé à des pillages (à Nice, par exemple, vous comprendrez la gêne éprouvée par Ciotti qui avait proclamé « ne pas céder aux Barbares » et des exactions à l’encontre de manifestants).
Pour ce qui est des pilleurs, je ne les excuse pas mais prenons l’exemple de Nicolas S (le nom de famille est anonymisé pour éviter sa stigmatisation). Un de ses aficionados, Jacques Ségala, avait déclaré pour défendre son port d’une montre de luxe : « Si à 50 ans on n’a pas une Rolex, c’est qu’on a raté sa vie ». Et si les jeunes, sous la pression de notre société d’hyperconsommation, pensaient que si à 20 ans si on n’a pas des NIKE, c’est qu’on est une merde ?
Oui, mais Nicolas S. a acheté la montre ; le jeune vole les pompes. Oui, mais Nicolas S. est soupçonné (jugement de première instance) d’avoir volé 5 millions d’euros au peuple Libyen ; ça fait combien de NIKE ?
Je répète, je réfléchis sans excuser. Dans les pillages, il y a des drames pour les boutiquiers, et c’est regrettable.
Si je n’ai pas peur des manifs et mouvements collatéraux, alors de quoi ai-je peur ?
Ce qui est terrible, c’est l’arsenal administratif dont dispose le pouvoir en place.
Interdiction de manifestation en dehors celles déclarées par les syndicats. On s’assoit sur un droit Constitutionnel. Article 4 La loi garantit « La loi garantit les expressions pluralistes des opinions et la participation équitable des partis et groupements politiques à la vie démocratique de la Nation. »
Source :
Virage au tout répressif, le Gouvernement ne répond pas aux manifestants mais communique sur le nombre de manifestants arrêtés qu’il agite comme un trophée.
Interdiction de manifester dans les centres-villes. Motif : éviter les pillages. Je rappelle que les forces de l’ordre ne sont présentes pour « mater » les manifs, mais bien pour permettre aux manifestants d’exprimer dans la rue leurs opinions en toute sécurité.
Alors que l’on a vu des policiers fraternisant avec des groupuscules d’extrême droite, on a vu des confiscations de pancartes et des violences injustifiées.
Voilà ce dont j’ai peur. Ces mesures ne passent par le Juge. Elles sont décidées sans concertation, et pour les lever il faut un jugement du Tribunal Administratif en référé, chose rendue impossible devant le délai trop bref pour qu’il siège.
Mais il y a pire. Le gel des avoirs. Du jour au lendemain, vos comptes bancaires personnels ou conjoints sont bloqués. Plus de retraits possibles, d’achats, de cartes de crédits, de prélèvements… Il est même interdit à un tiers de vous prêter de l’argent. C’est une décision administrative conjointe du Ministre de l’Économie et du Ministre de l’intérieur. Le texte s’applique aux « terroristes » mais dans le reportage ci-dessous la personne bloquée est un militant pro palestinien, qui n’a pas commis d’actes terroristes. Les manifestants contre la mégabassine de Sainte Soline venus pour certains en famille sont qualifiés d’écoterroristes, et sont donc susceptibles d’être impactés par cette disposition. Rappelons aussi que Macron a accusé les manifestants du 17 octobre d’avoir voulu renverser la République. Rien que ça, n’est pas une qualification d’une action terroriste ?
Source :
https://www.youtube.com/watch?v=uIMZHpuB0ck&t=33s
Et puis, cette autre arme : les assignations à résidence. « Le gouvernement utilise les outils de l’antiterrorisme pour assigner à résidence des manifestants. Le ministère de l’intérieur prend des arrêtés d’assignation à résidence fondés sur les dispositions de lutte contre le terrorisme à l’encontre de militants n’ayant parfois aucun casier judiciaire. Testée le 24 octobre, cette pratique semble massive une semaine plus tard. » (Médiapart cf source). Cette mesure oblige une personne à rester chez elle, et à venir deux fois au commissariat pointer.
Au moment des gilets jaunes en 2019, la police a eu recours à énormément de gardes à vue, pour ce que les magistrats ont considéré comme des motifs pour les empêcher de rejoindre la manifestation.
Source :
Tous ces outils sont dangereux car ils ne relèvent que de l’administratif sans contrôle du Juge. Ces mesures liberticides sont un glissement des mesures initialement prévues dans la législation gérant les crises sanitaires et la lutte contre le terrorisme ; et qui ont été élargies au Droit ordinaire. Quand cela s’est passé plusieurs députés de tout bord ont alerté de la dangerosité de cette banalisation. Mais rien n’y fit.
Quand le Juge devra appliquer des textes dangereux.
Deux textes sont entrés dans le cursus législatif pour adoption.
Le premier, la loi dite de la présomption de légitime défense aussi baptisé « permis de tuer » (vous comprendrez pourquoi) a été adoptée par les députés ; elle doit l’être aussi par les sénateurs. Que dit-elle ? Les représentants des forces de l’ordre pourront faire usage de leurs armes s’ils pensent être menacés dans leur intégrité physique. Pensent être, tout est là. En place de faire usage de leurs armes s’ils sont menacés dans leur intégrité physique, le fait de penser leur offre une possibilité de tirer. C’est très difficile à prouver que le représentant de l’ordre a usé de son arme en sachant sciemment qu’il n’y avait pas de menace. C’est ce qu’on appelle un renversement de la preuve, comme dans le texte qui suit.
La loi dite de casseur payeur s’applique à tout participant resté dans un groupe qui commet des violences et des destructions, après deux sommations des forces de l’ordre. Il pourra être responsable dans une limite de 10 000 €. Là aussi avant, il fallait prouver que l’individu avait cassé, alors que là c’est à la personne de prouver 1 qu’elle n’a pas entendu les sommations 2 qu’elle n’est pas un casseur.
Cette loi est une atteinte au droit de manifester en faisant peur au citoyen lambda d’être pris dans un rassemblement où quelques individus seulement, cassent et pillent.
Source :
https://www.sudradio.fr/sud-radio/que-prevoit-la-loi-casseur-payeur-dans-sa-version-durcie
Et si la blonde ingrate arrive au pouvoir, elle n’aura même pas besoin de nouvelles lois pour imposer un régime autoritaire.
Et c’est de ça dont j’ai vraiment peur !
JP
