Liberté, égalité, fraternité ?
Prise de parole de Marion Dupré, co-secrétaire général de la Cgt-Educ’Action 06 lors du rassemblement devant la Mairie de Nice le 27 octobre 2026
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La CGT Educ’action accompagne et défend les travailleuses et travailleurs. Elle s’adresse à l’ensemble des personnels de l’Éducation nationale. Elle place bien évidemment les élèves au cœur de ses préoccupations : elles et ils sont les travailleuses et travailleurs de demain, elles et ils sont surtout, quels que soient leur âge, leurs origines ou leur quartier de résidence, des citoyennes et citoyens à part entière !
L’État leur fait une promesse. Elle est visible à l’entrée de chaque établissement scolaire, sans qu’aucun autre symbole ne soit nécessaire, et nous la connaissons toutes et tous : liberté, égalité, fraternité.
Nous, personnels de l’Éducation nationale, sommes garants de cette promesse. La considération de cette devise par notre gouvernement nous questionne pourtant aujourd’hui.
(Liberté)
Comment garantir la liberté quand l’éducation sensée permettre l’émancipation est laissée à l’abandon par l’état, livrée aux lois du marché et de la privatisation?
Comment garantir la liberté quand l’offre de formation est décidée en fonction des chambres de commerce et d’industrie, et non des aspirations de chacune et chacun ? Comment garantir la liberté des jeunes quand on leur impose des couvre-feux ? Quand on oppose à leurs revendications une répression sans précédent, quand on les menace, les nasse, les gaze, les violente et les mutile ? Quand la police interpelle un nombre record de jeunes, majeures comme mineures, les détient sans justification et dans des conditions indignes. Quand les forces de l’ordre restent spectatrices devant les milices d’extrême droite organisées et identifiées qui les agressent?
Plutôt que de les protéger et de garantir leur liberté de manifester, le préfet des Alpes-Maritimes a choisi d’interdire, de leur retirer un droit fondamental, celui de s’exprimer, de se rassembler, de manifester. Nous demandons aujourd’hui sa démission.
Si la liberté est une promesse trahie, alors c’est la servitude, l’aliénation. La jeunesse n’en veut pas !
(Égalité)
La jeunesse se bat pour l’égalité. Comment garantir l’égalité alors que le bâti scolaire et les conditions d’apprentissage dépendent d’institutions multiples – municipalités, départements, régions, académies – et de moyens très inégaux d’un territoire à l’autre ?
Comme toujours, le gouvernement promet : non pas d’investir mais de « prêter aux régions qui le souhaiteraient » l’argent nécessaire aux rénovations et évolutions des lycées. Des promesses qui n’engagent que celles et ceux qui y croient.
Autre annonce : 28 élèves par classe en seconde. Seulement les secondes, et encore, en deux temps, donc sous la responsabilité d’un nouveau gouvernement. Comme s’il était impossible, dès maintenant, de se préoccuper et d’entendre l’ensemble des lycéennes et lycéens, l’ensemble des élèves en France.
À titre d’exemple, le taux d’encadrement, c’est-à-dire le nombre d’adultes présents pour s’occuper de chaque enfant, est inférieur de près d’un point dans notre académie à la moyenne nationale, elle-même parmi les plus faibles d’Europe. Et ce n’est qu’un indicateur parmi des dizaines d’autres.
Comment garantir l’égalité quand la loi ORE et le système Parcoursup introduisent des critères de sélection, parfois obscurs, plutôt que de créer des places dans l’enseignement supérieur afin de garantir l’accès de chaque bachelière et bachelier aux études ? Nouvelle promesse : 15 000 places ouvertes dans l’enseignement supérieur, alors qu’à cette rentrée, plus de 125 000 étudiantes et étudiants étaient sans affectation. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, et que les 110 000 qui resteront ne s’inquiètent pas, ils auront une explication : c’est fou ce qu’on peut faire aujourd’hui avec l’IA.
L’égalité n’est pas, non plus, une promesse tenue, et les lycéennes, lycéens, étudiantes et étudiants l’ont bien compris !
(Fraternité, solidarité)
Alors il leur reste, il nous reste la fraternité, la solidarité, que le gouvernement ne pourra jamais nous confisquer. La jeunesse se bat, le peuple ne se laisse pas faire ! On s’organise : les enfants, les étudiantes et étudiants, leurs parents, leurs enseignantes et enseignants, les travailleuses et travailleurs, les privées d’emploi, les retraitées s’unissent et protestent ensemble dans la rue pour que toutes et tous aient les mêmes droits, les mêmes possibilités. Pour que cessent les protections et les privilèges accordés aux plus riches, alors que les plus modestes n’arrivent plus à payer leur essence, leur loyer, leur repas.
Notre solidarité, nous l’exprimons aussi envers les victimes de l’attentat raciste de Trappes et leurs proches. Ce soir, nous avons une pensée pour Pengo Bossio Wangi et pour toutes les victimes du racisme et des violences racistes. À Nice, où des groupuscules fascistes, racistes et néonazis ont attaqué des manifestantes et manifestants, nous appelons à la plus grande vigilance et réaffirmons notre refus de toutes les formes de haine et d’intimidation. Face au racisme et à la haine, nous réaffirmons notre attachement aux principes constitutionnels d’égalité et de non-discrimination, nous réaffirmons que personne ne doit être ciblé, menacé ou violenté pour sa couleur de peau, de sa religion réelle ou supposée. La fraternité et la solidarité doivent se traduire concrètement par la protection de toutes et tous et le refus de laisser la violence raciste s’installer dans nos rues.
Le gouvernement est aux abois : il échoue dans ses missions les plus élémentaires.
La solidarité est notre force, celle qui nous permettra de conquérir l’égalité et de défendre nos libertés : à commencer par celle de s’exprimer, de se rassembler, de manifester, celle que cette jeunesse réclame et qu’on lui refuse. L’État compte sur la peur et sur l’épuisement : nous n’avons pas peur, nous sommes la, nous nous relaierons, nous serons toujours là.
Liberté, égalité, fraternité: cette promesse qu’ils ont trahie, c’est nous qui la tiendrons. Nous ne lâcherons rien, nous tiendrons bon, et nous gagnerons !

