“Résidence Pédagogique”
ACTE 2 DES PLANS FRANÇAIS ET MATHS : LA MAUVAISE PIÈCE CONTINUE !
Après l’acte 1, nous pensions avoir droit au rideau. Raté !
- Vous pensiez que le spectacle était terminé ?
- Que les constellations, les formations en français et en mathématiques, les observations croisées et autres joyeusetés allaient enfin laisser place à une formation continue choisie, adaptée aux besoins des équipes et réellement utile à notre métier ?
Quelle naïveté !
Le ministère a décidé de prolonger la représentation.
Bienvenue dans l’Acte 2 des plans français et mathématiques, version 2026-2030.
- Une nouvelle pièce en quatre actes — enfin, quatre années — avec un scénario déjà écrit, des objectifs déjà fixés et, pour les professeur·es des écoles, un rôle qui semble de plus en plus contraint.
Une intrigue qui a un goût amer
Sur le papier, tout est magnifique.
- La nouvelle circulaire ministérielle nous promet une formation « au plus près des besoins », construite à partir d’un diagnostic partagé, prenant en compte les besoins exprimés par les équipes et permettant de développer les compétences professionnelles.
- Le ministère affirme même que les plans de formation doivent s’appuyer sur les besoins exprimés par les enseignant·es.
C’est beau.
C’est même tellement beau qu’on pourrait presque y croire.
Mais dans la pratique, il suffit de regarder ce qui se joue sur le terrain.
- Les évaluations nationales occupent une place centrale dans le diagnostic des besoins. Les objectifs de formation sont construits à l’échelle de l’école et suivis sur plusieurs années. L’IEN est partie prenante du dispositif et le plan de formation s’inscrit désormais dans un cadre pluriannuel.
- Autrement dit : la formation continue ressemble de moins en moins à un droit permettant aux personnels de développer leurs compétences selon leurs besoins professionnels et de plus en plus à un outil de pilotage pédagogique au service des priorités institutionnelles.
Le ministère lui-même rappelle pourtant que la formation doit, « autant que possible », répondre aux demandes des agents.
Ah, la merveilleuse expression administrative ! « Dans la mesure du possible. »
Après «la nécessité de service », voici donc « dans la mesure du possible ».
Deux petites expressions qui ont un talent remarquable : elles permettent de rappeler l’existence d’un droit tout en expliquant très efficacement pourquoi on ne peut pas vraiment en bénéficier.
Le droit à la formation, oui… mais surtout celle qu’on a prévue pour vous.
- Le problème n’est évidemment pas que les PE soient formé·es.
- Nous revendiquons au contraire une formation continue de qualité, ambitieuse, diversifiée, accessible et réellement choisie, permettant de prendre du recul sur nos pratiques, d’approfondir nos connaissances et de répondre aux difficultés rencontrées dans nos classes.
- Le problème, c’est lorsque la formation devient essentiellement un instrument de mise en œuvre des politiques ministérielles.
- Une formation imposée, centrée sur les priorités institutionnelles, calibrée à partir d’indicateurs et d’évaluations nationales, avec des objectifs définis à l’échelle de l’école et suivis pendant quatre ans : ce n’est plus tout à fait la même conception de la formation continue.
- La circulaire de 2026 prévoit ainsi, pour chaque PE, sur quatre ans, 24 heures de formation en mathématiques, 24 heures en français et 24 heures dans d’autres champs disciplinaires. L’intrigue est posée !
Et voici le nouveau décor : la « résidence pédagogique »
Parce qu’une mauvaise pièce de théâtre se doit toujours d’introduire un nouveau lieu , l’Acte 2 nous offre donc la résidence pédagogique.
Le principe ?
De la formation, de l’observation, de l’accompagnement… et, accessoirement, la présence de l’équipe de circonscription dans l’école.
Selon les modalités retenues, la résidence peut être organisée sous une forme « massée » ou « perlée »
- Une semaine entière ?
- Plusieurs temps répartis sur une période ?
- Observation de classes ?
- Visites croisées ?
- Temps d’échanges ?
Et pourquoi pas, tant qu’on y est, le comité d’accueil au portail ?
Après tout, « l’école de la confiance » mérite bien quelques visites de contrôle de qualité.
Évidemment, nous caricaturons. Mais à peine.
Car lorsqu’on multiplie les observations de classes, les visites croisées, les comptes rendus, les suivis et les plans pluriannuels, une question finit forcément par se poser :
où s’arrête la formation et où commence le contrôle des pratiques professionnelles ?
- L’administration nous répondra probablement : « Il ne s’agit pas de contrôle, mais d’accompagnement. »
Bien sûr
- Et un contrôle technique, ce n’est pas non plus une inspection de la voiture : c’est un « accompagnement réglementaire du véhicule dans sa trajectoire de mobilité ».
Les mots ont parfois cette capacité extraordinaire à rendre sympathique ce qui l’est beaucoup moins.
18 heures… mais 30 heures quand même
Et c’est ici que l’intrigue devient particulièrement savoureuse.
- Les obligations réglementaires de service des PE prévoient 108 heures annuelles, dont 18 heures consacrées aux actions de formation continue et à l’animation pédagogique.
- Mais la circulaire de juin 2026 indique que les résidences et les constellations nécessitent un volume préconisé de 30 heures.
Traduction : 18 heures sont prévues dans nos obligations de service… et l’administration nous invite désormais à aller jusqu’à 30 heures dans le cadre de certains dispositifs.
- Les 12 heures supplémentaires sont officiellement présentées comme des temps « complémentaires », non obligatoires mais fortement conseillées.
- Ah !« Pas obligatoires » ! Comme dans : « Vous êtes libres de participer. » avec l’IEN qui vient vous expliquer très précisément pourquoi il serait tout de même préférable de participer.
On connaît la chanson.
Et surtout, les 108 heures, elles, ne se multiplient toujours pas par génération spontanée.
- Elles sont déjà largement mobilisées par les équipes : travail collectif, suivi des élèves, relations avec les familles, conseils d’école, projets, continuité pédagogique, réunions indispensables au fonctionnement des écoles…
- Alors quand on ajoute des observations, des comptes rendus et des temps de formation supplémentaires, une question toute simple mérite d’être posée :
On les prend où, ces heures ?
- Sur quelles heures ?
- À la place de quoi ?
- Des conseils des maîtres ?
- Des réunions d’équipe ?
- Du travail de concertation dont les élèves ont besoin ?
- Des échanges entre collègues ?
- Parce qu’une heure n’est pas extensible.
- Et les journées des PE non plus.
Des conseils des maîtres·ses remplacés par des comptes rendus d’observation ?
Voilà peut-être le passage le plus ironique de cette nouvelle pièce.
- D’un côté, l’institution nous explique l’importance du travail collectif, de la coopération, de l’école comme collectif professionnel. De l’autre, elle multiplie les dispositifs qui viennent occuper le temps précisément nécessaire à ce travail collectif.
- Un conseil des maîtres où l’on discute d’élèves, de projets, de difficultés concrètes, d’organisation, d’inclusion ou de relations avec les familles ? Pas toujours suffisamment « pédagogique » apparemment.
- Une visite croisée avec compte-rendu ?
Voilà qui coche davantage de cases.
Le collectif, oui. Mais avec un formulaire.
Et les besoins réels des collègues dans tout ça ?
C’est peut-être là que se trouve le véritable problème.
- Nous ne contestons pas le besoin de formation. Nous contestons une conception de la formation dans laquelle les besoins des élèves, mesurés principalement à travers les évaluations institutionnelles, finissent par déterminer les besoins de formation des enseignant·es.
- Or une difficulté professionnelle ne se résume pas à un résultat d’évaluation nationale.
- Un PE peut avoir besoin de formation sur l’inclusion, les troubles du comportement, les élèves allophones, le climat scolaire, la coopération avec les familles, l’éducation artistique et culturelle, la maternelle, l’EPS, les sciences, la littérature jeunesse, les usages du numérique, la gestion des conflits, la prévention des violences, ou simplement de temps pour réfléchir collectivement à son métier.
La formation continue ne devrait pas devenir la remédiation des indicateurs ministériels.
L’Acte 2 : quatre ans de pilotage ?
L’Acte 2 est annoncé pour quatre années, de 2026 à 2030.
Quatre années durant lesquelles les écoles vont être inscrites dans des plans de formation pluriannuels.
- Quatre années de suivi.
- Quatre années de priorités.
- Quatre années d’observations et d’accompagnement possibles.
- Quatre années où l’on nous explique que tout cela est construit « au plus près du terrain ».
Alors oui, il y a bien une place pour les besoins exprimés par les équipes dans les textes ministériels.
Mais entre « prendre en compte les besoins » et « laisser les personnels choisir réellement leur formation », il y a une différence de taille.
Et c’est précisément cette différence qui nous intéresse.
Rideau ? Pas encore.
La CGT Éduc’action revendique une véritable formation continue :
-
choisie par les personnels, et non construite essentiellement à partir des priorités institutionnelles ;
-
diversifiée, pour permettre à chaque PE de construire son parcours professionnel ;
-
respectueuse du métier et de l’expertise des équipes ;
-
réellement inscrite dans les obligations réglementaires de service, sans extension permanente des horaires ;
-
sans instrumentalisation des évaluations nationales pour définir les besoins de formation ;
-
sans confusion entre formation, accompagnement et contrôle des pratiques ;
-
permettant de dégager du temps de concertation collective réellement utile aux écoles.
Parce que former les personnels, ce n’est pas les surveiller.
Parce qu’accompagner une équipe, ce n’est pas multiplier les comptes rendus.
Parce qu’une évaluation nationale ne connaît pas mieux que l’enseignant·e les besoins de sa classe.
Et surtout parce que le temps de formation ne doit pas devenir une variable d’ajustement permettant de faire entrer toujours plus d’injonctions dans des journées déjà pleines.
- Acte 1 : « Faites-nous confiance. »
- Acte 2 : « Nous allons venir observer. »
- Acte 3 : « Nous allons analyser les résultats. »
- Acte 4 : « Nous allons construire un plan d’accompagnement sur quatre ans. »
La suite ?
On nous promet probablement que ce sera toujours de la formation.
Espérons au moins que les acteurs et les actrices aura encore le droit de choisir la pièce. !
Ce dispositif alourdit le travail des personnels et est fondamentalement contraire à ce qui pourrait effectivement être une véritable formation continue. Nous proposons aux écoles concernées et qui ne seraient pas volontaires de réunir des Conseils des Maîtres·ses et d’envoyer à leur IEN, si les collègues sont hostiles à cette injonction de plus, un texte s’inspirant de celui que nous proposons ci-dessous:
Le Conseil des Maîtres·ses de l’école…………………. ne souhaite pas pas entrer dans le dispositif “résidence pédagogique” qui ne correspond pas aux besoins de notre école .
