Salaire : on n’est pas obligé·es d’être ignorant·es…
Le corps des Professeur·es des écoles — et la grille unique pour le 1er et le 2nd degré, hors agrégé·es — date de 1990. 36 ans : cela a presque un petit côté Front populaire…
À l’époque, cette évolution était présentée comme un progrès social majeur. Elle aurait donc logiquement dû conduire à une véritable revalorisation du métier d’enseignant·e du premier degré.
36 ans après, qu’en est-il réellement ?
Quelques éléments pour y voir plus clair
Entre l’indice terminal du corps des instituteur·trices et, après les différentes modifications intervenues au fil des années, la situation théorique d’un·e Professeur·e des écoles effectuant une carrière complète de 36 ans sur deux grades — classe normale puis hors-classe, dont l’indice terminal est aujourd’hui 826 —, la progression théorique aurait dû atteindre 61 % en fin de carrière.
Mais cette progression doit être replacée dans son contexte.
Sur la même période, l’inflation mesurée par l’INSEE a été d’environ 56 %%, tandis que la valeur du point d’indice n’a augmenté que d’environ 33 %.
Au final, cette évolution de carrière ne représente qu’environ 37 % de progression réelle.
38 % sur 36 ans de carrière : à peine un peu plus de 1 % de progression par année au titre de l’expérience professionnelle.
Pas vraiment de quoi s’extasier.
Et la comparaison avec les autres salarié·es est encore plus parlante : sur la même période, le salaire moyen hors Fonction publique a, lui, quasiment doublé.
Il n’y a donc pas photo.
Le leurre du PPCR
Ces éléments permettent aussi de mesurer les limites du PPCR dans l’Éducation nationale, pourtant présenté comme une grande réforme de revalorisation des carrières.
Le PPCR, signé notamment par la FSU (SNUipp, SNES…), l’UNSA (SE) et la CFDT, n’a pas permis de répondre à l’enjeu essentiel : garantir une véritable progression salariale tout au long de la carrière.
Pire, il a introduit une nouvelle logique de différenciation entre les personnels.
Pour la première fois, une carrière complète de 36 ans ne garantissait plus à toutes et tous d’atteindre le même niveau de rémunération.
La création de la classe exceptionnelle, accessible seulement à une partie du corps, et la possibilité d’atteindre un indice terminal supérieur pour une fraction encore plus réduite des personnels, ont renforcé cette différenciation.
La progression salariale devient ainsi en partie dépendante de l’accès à des grades contingentés.
Cela contribue à mettre en concurrence les Professeur·es des écoles et fragilise les solidarités professionnelles.
Et cette différence de traitement ne s’arrête pas au salaire : elle a également des conséquences sur le montant de la pension de retraite.
Pour une véritable carrière, pour toutes et tous
La CGT Éduc’action revendique une autre conception de la carrière.
Nous revendiquons d’abord l’indexation de la valeur du point d’indice sur l’inflation, avec le rattrapage des pertes accumulées au fil des années.
C’est ce que l’on appelait autrefois l’échelle mobile des salaires, abandonnée en 1983.
Mais nous revendiquons également une carrière unique et linéaire, permettant à chaque Professeur·e des écoles, au terme d’une carrière complète de 36 ans, d’atteindre l’indice terminal du dernier échelon de la classe exceptionnelle.
Pas de sélection entre collègues.
Pas de concurrence pour accéder à un grade.
Pas de carrière au mérite ou au hasard des promotions.
Une carrière, une progression, un salaire à la hauteur de l’expérience et de la qualification.
Parce qu’après 36 ans de carrière, il est plus que temps de reconnaître réellement le travail et l’expérience des personnels.
